
Article en collaboration avec l’UCLy
Derrière les séparations, les tensions familiales ou les questionnements relationnels, des professionnels accompagnent chaque année des milliers de personnes. Zoom sur deux métiers d'utilité sociale qui attirent de plus en plus de professionnels en reconversion : le médiateur familial et le conseiller conjugal et familial.
Après plusieurs années dans le même métier, l'envie de changer de voie peut être motivée par différentes raisons : rechercher davantage de sens, se rapprocher de l'humain, exercer une activité utile à la société ou encore mettre ses compétences relationnelles au service des autres. Pour certaines personnes, la reconversion constitue ainsi l'occasion de faire évoluer leur expérience vers un métier d'accompagnement.
Si ces métiers séduisent les personnes en quête de sens, c'est aussi parce qu'ils répondent à des besoins de plus en plus présents dans la société. Parmi eux, le médiateur familial et le conseiller conjugal et familial jouent un rôle essentiel auprès des couples, des parents, des adolescents et des familles confrontés à des périodes de transition de changement ou de tension relationnelle.
Chaque année, environ 425 000 couples se séparent en France, et 379 000 mineurs sont concernés par la rupture de leurs parents, selon la DREES. Les configurations familiales se sont également diversifiées : 3,18 millions de familles sont aujourd'hui monoparentales, soit 10,2 % de l'ensemble des ménages, selon l'Insee.
Parallèlement, de nombreuses personnes traversent des situations qui peuvent fragiliser les relations familiales : arrivée d'un enfant, recomposition familiale, difficultés de communication dans le couple, accompagnement d'un adolescent, questionnements identitaires ou relationnels, tensions intergénérationnelles ou encore situations de vulnérabilité.
Les violences au sein de la sphère familiale demeurent également une réalité importante. En 2025, 473 000 victimes de violences physiques ont été enregistrées et 54 % d'entre elles ont subi ces faits dans le cadre familial, selon le ministère de l'Intérieur.
Face à ces évolutions, les besoins d'écoute, de médiation et d'accompagnement se renforcent. Mais en quoi consistent concrètement ces métiers qui interviennent au cœur des relations familiales ?
Le médiateur familial est un professionnel qualifié, formé pour aider les familles en conflit à renouer le dialogue et à trouver, ensemble, une solution à leur différend. Il intervient le plus souvent lors d'une séparation mais aussi lors de tensions entre générations ou de conflits en famille recomposée.
Le médiateur familial occupe une posture de tiers neutre et impartial. Ni juge ni conseil, il garantit un cadre sécurisant et confidentiel pour permettre d’établir un dialogue constructif et de trouver des solutions adaptées.
Le métier s’exerce dans des associations à caractère social ou familial, des associations spécifiques de médiation familiale, des services publics ou para-publics (CAF, MSA), ou en libéral.
En France, l'Onisep recense près de 2 000 médiateurs familiaux, un métier encore très majoritairement exercé par des femmes. La rémunération varie selon le statut et la structure d’exercice. A titre indicatif, elle démarre autour de 1 540 euros brut mensuels pour un poste de catégorie C dans la fonction publique, et peut atteindre 2 700 euros en fin de carrière en catégorie B, selon Olecio. En libéral, les tarifs sont libres et peuvent notamment varier en fonction de la situation des personnes accompagnées et du cadre de la médiation.
L'activité progresse néanmoins : selon les chiffres publiés par la CAF en juillet 2026, 272 services conventionnés ont mobilisé près de 500 médiateurs familiaux en 2024, pour plus de 107 000 entretiens et près de 57 000 séances de médiation (+11 % et +4,4 % en un an). Résultat : 76 % des médiations menées à leur terme ont permis d'apaiser le conflit, et six sur dix aboutissent à un accord amiable. Ces chiffres représentent l’activité des services conventionnés, pour l’activité libérale les données ne sont pas disponibles.
Le conseiller conjugal et familial (CCF) assure une fonction d'information, de prévention, d'accompagnement et d'orientation, dans le champ de la vie affective, relationnelle et sexuelle. Son intervention est destinée à tout public et s'exerce dans le cadre d'entretiens individuels, de couple ou de famille, d'animations collectives ou groupes de parole.
Il ne propose pas une thérapie au sens clinique, mais un espace d'écoute et de recherche de solution propre à chacun, avec, si nécessaire, une orientation vers d'autres professionnels : psychologue, médecin, avocat ou travailleur social.
Le CCF exerce dans des environnements très divers : centres de santé sexuelle, centres d'orthogénie, protection maternelle et infantile (PMI), établissements dédiés à la vie affective, relationnelle et sexuelle (EVARS), collectivités territoriales, associations, ou en libéral.
Selon l’ANCCEF, environ 2 000 professionnels occupent aujourd'hui cette fonction
en France et 97% d’entre eux sont des femmes. La rémunération démarre autour de 1800 euros brut mensuels en début de carrière, et les postes à temps plein restent rares, selon Olecio.
Le métier connaît depuis plusieurs années un mouvement de structuration et de reconnaissance progressive : depuis 2022, plusieurs certifications professionnelles de conseiller conjugal et familial ont été enregistrées au Répertoire national des certifications professionnelles (RNCP) par différents organismes. En avril 2026, l’Association des Fondateurs et Protecteurs de l'Institut Catholique de Lyon et la Fédération Nationale Couples et Familles obtiennent le titre « Conseiller conjugal et familial », enregistré sous le numéro RNCP 42076.
Cette évolution s’accompagne également d’expérimentations dans les politiques publiques : depuis 2025, la Caisse nationale des allocations familiales (CNAF) expérimente une nouvelle offre de conseil conjugal et familial destinée aux parents, dans cinq territoires (Deux-Sèvres, Hauts-de-Seine, Seine-et-Marne, Ardennes, Territoire de Belfort), pour renforcer la prévention des difficultés conjugales.

Ecouter, accompagner, désamorcer un conflit : ces compétences ne s'improvisent pas. Ce sont des métiers à part entière, qui reposent sur des compétences spécifiques, une posture professionnelle et un cadre juridique et déontologique précis.
Pour devenir médiateur familial, il faut obtenir le Diplôme d'État de Médiateur familial (DEMF). La formation permet d'acquérir des compétences en droit, psychologie, sociologie et médiation, et comprend une période de stage pratique.
Pour devenir conseiller conjugal et familial, la formation est encadrée par l'arrêté du 3 décembre 2010, qui fixe le contenu des enseignements. Elle peut aujourd'hui être suivie dans le cadre d'une certification enregistrée au RNCP, attestant d’une reconnaissance officielle par l'État.
L’Institut Société & Famille (ISF) de l’Université Catholique de Lyon (UCLy) propose ces parcours dans une approche pluridisciplinaire de la famille. Fondé en 1974 par la juriste Emma Gounot, l'ISF forme au Diplôme d'État « Médiateur familial » et au Titre à finalité professionnelle « Conseiller conjugal et familial » RNCP niveau 6.
L’UCLy accompagne également les candidats dans la construction de leur projet de reconversion, y compris sur les questions de financement : ces formations peuvent être mobilisées via le CPF (Compte personnel de formation) ou le dispositif Transitions Pro, selon la situation professionnelle de chacun.
Et si votre prochain défi professionnel était d’accompagner les familles dans les grandes étapes de leur vie ?
Article en collaboration avec l’UCLy
